Vie de fou

Par Samantha McBeth | 24 septembre 2014| Le Saint-Laurent
4395 - I - Crédit photo Wikimedia Commons L'île de Bonaventure abrite une des plus importantes populations de fous de Bassan au monde L'île de Bonaventure abrite une des plus importantes populations de fous de Bassan au monde
4399 - I - Crédit photo Samantha McBeth Baleine à bosse sautant devant le parc Forillon Baleine à bosse sautant devant le parc Forillon
4398 - I - Crédit photo Samantha McBeth Falaise du cap Gaspé où s'écoule le brouillard Falaise du cap Gaspé où s'écoule le brouillard
4397 - I - Crédit photo Samantha McBeth Le parc national de Forillon Le parc national de Forillon
4396 - I - Crédit photo Wikimedia Commons Fou de Bassan en vol Fou de Bassan en vol
4394 - I - Crédit photo Dany Boudreault L'équipage du Sedna IV quittant en pneumatique L'équipage du Sedna IV quittant en pneumatique
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L’ancre est jetée dans la baie de Gaspé. Aujourd’hui, c’est un jour de repos avant de poursuivre notre remontée du fleuve Saint-Laurent. Malgré un fort vent du large, la journée est magnifique, chaude et ensoleillée. Certains membres de l’équipage, dont je fais partie, choisissent d’aller à terre pour voir quelques pêcheurs à l’œuvre au quai de Grande-Grave et, comme le temps est clément, pour faire une petite balade sur la côte au sein du majestueux parc national de Forillon.

La journée commence sur un bateau pneumatique qui, semblable à un cheval fougueux, s’élance à travers les vagues. Retenus tant bien que mal à l’embarcation, nous voilà vite trempés d’eau salée. Heureusement que le soleil est présent pour nous réchauffer. Présents aussi sont les dauphins à flancs blancs, qui sautent à travers la houle scintillante et qui nous laissent présager une vie époustouflante autour de cette presqu’île. Nous apercevons déjà des cormorans perchés sur les rochers faisant sécher leur plumage noir reluisant au soleil, les ailes grandes ouvertes. Les sentiers du parc Forillon nous mènent maintenant au sommet des falaises escarpées du cap Gaspé où le brouillard s’agrippe aux arbres avant de chuter vers la mer et de se dissiper au moment de toucher l’eau azure. De cet endroit, on peut admirer quelques rorquals à bosse et leurs sauts surprenants, preuves d’une grâce que leur masse dissimule bien. Cependant, une touche de mélancolie vient ternir notre visite lumineuse, car sous les arbres nous observons la forme distincte de la fondation d’une ancienne habitation nous rappelant un pan de notre histoire : la création de ce parc en 1970 se fit dans la controverse, provoquant le déplacement et l’expropriation de 225 familles résidentes de l’endroit.

Depuis que le voilier est de retour dans les eaux du Saint-Laurent, les fous de Bassan rôdent autour du Sedna IV remplaçant les fulmars boréals qui étaient nos compagnons dans le Nord. Nous constatons que la pêche au maquereau semble être aussi bonne pour les fous de Bassan que pour les pêcheurs sur le quai. Tant mieux! Car ce n’est pas toujours le cas. Ici, le nombre d’individus de cette espèce est considérable étant à proximité de l’île Bonaventure où niche la plus grande colonie de fous de Bassan au monde. Ce grand oiseau marin est un incontournable en Gaspésie et il est difficile de croire que l’espèce est en péril alors qu’on les voit partout. Pourtant, le taux de natalité, ainsi que le nombre d’oisillons atteignant l’âge adulte sont en déclin important depuis les cinq dernières années. Pour expliquer ce phénomène, plusieurs hypothèses sont avancées par les chercheurs. L’abandon des nids par les couples en serait une et pourrait être dû à l’augmentation de la distance que doivent parcourir les parents à la recherche de nourriture pour leurs petits. Ceci serait dû au changement de température dans la colonne d’eau, forçant les maquereaux à vivre à des profondeurs inatteignables pour ces oiseaux. De plus, sachant qu’une quantité importante de la colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure migre dans le golfe du Mexique pour y passer l’hiver, le constat de la mauvaise santé de leurs oisillons pourrait être une conséquence du déversement de pétrole de la plate-forme pétrolière appartenant à BP, Deepwater Horizon, en 2010.

L’impact de cet important déversement de pétrole brut continuera à avoir des effets à long terme sur les espèces visitant les eaux du golfe du Mexique, conséquences que nous pouvons à peine prévoir. Les chercheurs continuent à surveiller la population de l’île Bonaventure, en espérant ne pas perdre, entre autres, ce bel oiseau qui fait le bonheur de plus de 60 000 visiteurs chaque année.

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