Sous la surface du fleuve

Par Samantha McBeth | 8 septembre 2014| Le Saint-Laurent
4336 - I - Crédit photo Samantha McBeth Le Sedna IV sur une mer d'encre, une belle journée ensoleillée Le Sedna IV sur une mer d'encre, une belle journée ensoleillée
4337 - I - Crédit photo Samantha McBeth Adieux à l'Arctique, ses couchers de soleils radieux et ses icebergs errants Adieux à l'Arctique, ses couchers de soleils radieux et ses icebergs errants
4335 - I - Crédit photo Samantha McBeth Le village des Escoumins, site de plongée de prédilections au Québec Le village des Escoumins, site de plongée de prédilections au Québec
4334 - I - Crédit photo Samantha McBeth Des eiders à duvet pataugeant près du site de plongée sous-marine. Les eiders sont eux-mêmes d'excellents plongeurs. Des eiders à duvet pataugeant près du site de plongée sous-marine. Les eiders sont eux-mêmes d'excellents plongeurs.
4333 - I - Crédit photo Jeffrey Gallant Sous la surface de l'estuaire, l'eau verte témoigne de sa richesse en micro algues, une part importante du plancton marin. Sous la surface de l'estuaire, l'eau verte témoigne de sa richesse en micro algues, une part importante du plancton marin.
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Nous quittons les mers polaires avec un brin de tristesse, les paysages splendides de l’Arctique gravés à jamais dans notre mémoire. Le voyage se fait rapidement, transporté sur les mêmes courants qui dirigent les icebergs vers le golfe du Saint-Laurent. Nous retrouvons la nuit qui croît en durée à un rythme stupéfiant, le retour de la noirceur nous permettant de savourer cette voile de lumière verte qu’on appelle les aurores boréales. Un spectacle d’adieu au Grand Nord, concluant ce chapitre de l’aventure 1000 jours pour la planète.

La chaleur du soleil qui baigne maintenant le pont du Sedna IV efface les dernières traces de la mélancolie qui nous habite. La beauté du Saint-Laurent et l’été retrouvé nous attendent! Les matelots s’empressent de partager leurs plus belles expériences de navigation sur ces eaux, l’après-midi ensoleillé occupé par un échange animé de ses aventures en kayak, d’histoires de pêche hautes en couleur et de débats sur les meilleurs endroits propices à la baignade. Je partage ma propre expérience avec eux qui a eu lieu avant de mettre le pied à bord du Sedna IV, un tableau au goût du sel, à l’odeur des algues et aux cris des mouettes.

Retour dans le temps. Juillet, Les Escoumins: La première chose qui me frappe en sautant à l’eau est littéralement la vague, comme un véritable coup de fouet au visage. L’eau salée remplit ma bouche et mon nez, à mon grand bonheur. Puis, ce sont mes lèvres et mes joues qui se glacent, comme si je venais de poser mon visage sur la neige. Quelle étrange sensation, en plein été québécois! Le poids de l’équipement de plongée et le soleil impitoyable n’ont certainement pas aidé, mais il y a plus.

Au Québec, le niveau de difficulté de la plongée sous-marine pratiquée dans l’estuaire du Saint-Laurent est supérieur à bien des endroits dans le monde. En effet, celles-ci se font dans des eaux froides (4 °C et moins) avec une visibilité réduite, de grosses vagues, de forts courants et une amplitude importante des marées. Elles nécessitent donc de l’équipement bien adapté et des combinaisons qui protègent du froid selon la profondeur des plongées, et obligent les plongeurs à remonter à la surface souvent.

Alors pourquoi j’aime plonger dans l’estuaire? Je me laisse couler sous la surface, et la réponse s’offre à moi. Me voilà en apesanteur dans un univers qui ne s’offre pas à l’homme terrestre. La cacophonie du rivage est remplacée par un silence liquide, interrompu uniquement par les bulles de ma respiration. Autour de moi sont exposées les beautés et les richesses des fonds marins québécois, qui valent bien celles d’ailleurs. Le sable est recouvert d’un épais tapis d’oursins vert (Strongylocentrotus droabachiensis), petit animal épineux apparenté aux étoiles de mer. Celles-ci sont également visibles partout, dans les tons d’orangé et de jaune en passant par le rouge et le pourpre. Je nage en compagnie de mes collègues parmi d’immenses rochers recouverts d’anémones plumeuses (Metridium senile) qui ressemblent étrangement à des bolets. Toutes les surfaces sont recouvertes d’espèces aux couleurs vives : des éponges, des concombres de mer, des anémones, des soleils de mer, des mollusques de tous genres. Entre eux se faufilent crabes et crevettes, poissons et homards. J’observe une petite poule de mer (Eumicrotremus spinosus) d’à peine 2 cm, se dandiner près d’un concombre de mer méritant bien son nom, tellement il ressemble au légume. Je lève la tête et je fixe les quelques belles méduses à croix blanches, flottant au gré des courants.

Je suis toujours impressionnée par la délicatesse de ces animaux. L’habitat sous-marin est fragile et subit de nombreuses agressions provenant de plusieurs sources : les industries, les actions des riverains et les changements climatiques entre autres. La majorité des plongeurs tentent ne pas ajouter à ces agressions lors de la pratique de leur sport. Hors de l’eau, plusieurs s’impliquent aussi en participant à la protection de ces milieux. Et, il n’est pas nécessaire d’être plongeur pour y participer.

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