Un jardin sur une glace mince

Par Samantha McBeth | 4 septembre 2014| Arctique
4324 - I - Crédit photo Jérome Lefrançois Stephan, Sébastien et Samantha à la recherche de champignons. Stephan, Sébastien et Samantha à la recherche de champignons.
4325 - I - Crédit photo Jérome Lefrançois Les traces d'un ours blanc sur la plage. Les traces d'un ours blanc sur la plage.
4326 - I - Crédit photo Sebastien Harrison-Cloutier La toundra arctique cache une végétation luxuriante sous son aspect aride La toundra arctique cache une végétation luxuriante sous son aspect aride
4331 - I - Crédit photo Samantha McBeth Un lièvre arctique, sa fourrure devenant blanche en prévision de l'hiver Un lièvre arctique, sa fourrure devenant blanche en prévision de l'hiver
4330 - I - Crédit photo Samantha McBeth Champignons sur la toundra Champignons sur la toundra
4329 - I - Crédit photo Samantha McBeth Un lichen sur un os. Le lichen est capable de s'implanter dans les milieux les plus froids et arides. Un lichen sur un os. Le lichen est capable de s'implanter dans les milieux les plus froids et arides.
4328 - I - Crédit photo Samantha McBeth Pond Inlet, comme toutes les communautés arctiques, est construit sur le pergélisol Pond Inlet, comme toutes les communautés arctiques, est construit sur le pergélisol
4327 - I - Crédit photo Samantha McBeth Pavot d'Islande, fleurissant hors de la neige d'été Pavot d'Islande, fleurissant hors de la neige d'été
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Optant pour la position favorite du naturaliste dans son élément, étendue au sol sur toute ma longueur, je suis nez à nez avec un champignon. Après quelques jours de navigation, le Sedna IV a pris une pause, ce qui nous permettra d’explorer un peu la toundra.

On dit que chez les peuples indigènes Sami, du nord de l’Europe, le mot toundra signifierait « terre stérile » ou « terre sans arbres ». Bien consciente que les territoires nordiques ne sont pas dépourvus de vie malgré les apparences, me voilà agréablement surprise de constater l’impressionnante diversité de plantes et de champignons recouvrant le sol.

La toundra arctique est le biome qui s’étend vers le Nord au-delà de la limite des arbres. De la forêt boréale vers l’Arctique, les arbres deviennent de moins en moins imposants, passant par des bosquets denses d’arbres rabougris jusqu’à une plaine infinie. Au Québec, les arbres ne peuvent plus croître à une latitude plus élevée que 60°N. Cet environnement hostile, caractérisé par un air sec, des vents forts et des radiations solaires constantes en été, déshydrate les tissus des plantes qui ne poussent pas suffisamment vite pour produire une cuticule de protection adéquate. Le sol de la toundra, le pergélisol, ne laisse qu’une couche de terre fertile de 25 à 100 cm en surface pour permettre aux plantes de s’y enraciner. De plus, l’hiver avec une température moyenne de -34°C et l’été qui se situe entre 3°C et 15°C contribuent à limiter le nombre d’espèces en mesure de survivre dans ce climat rude.

Aujourd’hui nous avons une belle journée annonçant le début de l’automne sur l’île de Baffin. L’été court a néanmoins permis à de nombreux végétaux de tapisser le paysage, fournissant la nourriture essentielle aux herbivores de l’Arctique, qu’ils soient migrateurs ou résidants. Tous profitent du festin soudainement disponible. Parmi les plantes en fleurs, nous apercevons des bleuets. Les oies des neiges qui en raffolent profitent des longues heures d’ensoleillement pour s’en gaver avant de retourner au Sud. Les ériophorons, quant à eux, produisent une jolie touffe blanche qui isole et transporte les graines. Ces touffes blanches, appelées coton de l’Arctique, parsèment la toundra. Plus nombreux encore sont les robustes mousses et lichens, capables de s’épanouir dans les conditions extrêmes.

Ces conditions particulières font en sorte que la toundra est très sensible aux changements climatiques. Le moindre changement dans la disponibilité de l’eau, par exemple, peut être catastrophique pour les espèces qui en dépendent. L’augmentation de la température affecte le paysage même de l’Arctique en agissant sur le pergélisol. Serge Payette, éminent biologiste et spécialiste des écosystèmes nordiques, explique que depuis les années 1950, l’épaisseur de la neige au sol a augmenté dans le nord, isolant de plus en plus le pergélisol des froids hivernaux. Ce phénomène, combiné au réchauffement de l’air, a entraîné la fonte de celui-ci causant des glissements de terrain et l’érosion des côtes. Aujourd’hui, les bâtiments nordiques doivent être soulevés et construits sur des pieux afin de réduire la convection de chaleur de la construction vers le sol et de remédier à la dégradation déjà très présente du terrain. Une des conséquences graves de la fonte du pergélisol est sans aucun doute la « mise en liberté » dans la nature du méthane, ce puissant gaz à effet de serre causée par la décomposition de la quantité énorme de matière organique enfouie dans le pergélisol.

Une autre conséquence possible du réchauffement serait, étrangement, une augmentation de la biodiversité de l’Arctique. Les nouvelles conditions deviendront favorables à l’installation d’espèces vivant normalement plus au sud, l’habitat y étant maintenant propice. C’est ce que Dominique Berteaux, titulaire de la Chaire de recherche en biodiversité nordique, appelle « le paradoxe de la biodiversité nordique, » un phénomène qui est également observable au Québec. Plus le climat est froid et sec, plus le nombre d’espèces pouvant y vivre est limité. Une hausse de la température moyenne, ainsi que des précipitations, permet l’immigration des espèces venant du Sud. Les espèces indigènes, en mesure de se déplacer, seront poussées vers le Nord par cette compétition. Quant aux autres, elles risquent de disparaître, car y -a-t-il plus au Nord que le Nord?

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