La licorne des glaces

Par Samantha McBeth | 20 août 2014| Arctique
4271 - I - Crédit photo Glen Peterson, Wikimedia Commons L'impressionnante défense des mâles est une dent. Elle ne sert probablement pas à briser la glace. L'impressionnante défense des mâles est une dent. Elle ne sert probablement pas à briser la glace.
4270 - I - Crédit photo Stephen Montminy Finalement des narvals près de la côte! Difficile à trouver, non? Finalement des narvals près de la côte! Difficile à trouver, non?
4269 - I - Crédit photo Stephen Montminy Sur la plage d'un fjord, nous retrouvons le squelette d'un narval adulte Sur la plage d'un fjord, nous retrouvons le squelette d'un narval adulte
4272 - I - Crédit photo Samantha McBeth Muktuk : La peau noir et la graisse blanche de narval. On le mange cru Muktuk : La peau noir et la graisse blanche de narval. On le mange cru
4273 - I - Crédit photo Samantha McBeth Les falaises coupées au couteau dans les fjords, les oiseaux arctiques y nichent. Les falaises coupées au couteau dans les fjords, les oiseaux arctiques y nichent.
4274 - I - Crédit photo Samantha McBeth Centre d'observation sur la péninsule BruceHead. Les biologistes y compte 4000 à 7000 narval par été. Centre d'observation sur la péninsule BruceHead. Les biologistes y compte 4000 à 7000 narval par été.
4275 - I - Crédit photo Samantha McBeth Le Sedna IV pose l'ancre dans ce paradis des narvals. Ils viendront s'y alimenter durant tout le court été Arctique. Le Sedna IV pose l'ancre dans ce paradis des narvals. Ils viendront s'y alimenter durant tout le court été Arctique.
Écho Action est un programme qui vous propose des trucs pour passer le mot sur la biodiversité. En savoir plus

Sous un soleil couchant sans fin, le Sedna IV quitte Pond Inlet. Ce n’est pas un adieu, mais un au revoir, car le voilier sera de retour sous peu. L’heure est à l’exploration des fjords et des anses de l’île de Baffin, portant tous des noms inspirés de la langue française, anglaise et inuktitute et des falaises à couper le souffle parmi lesquels les noms des explorateurs Joseph-Elzéar Bernier et John Franklin font échos au passé. Les escarpements rocheux laissent croire qu’il n’y a aucune vie tant le paysage est lunaire. Pourtant, lichens et mousses sont bien présents pour permettre aux mouettes tridactyles et aux mouettes blanches de l’Arctique d’y nicher en toute quiétude. Maintenant que la glace de la banquise a finalement libéré la surface de l’eau, le Sedna IV peut circuler sans crainte. Cette voie ouverte signifie aussi que les chasseurs inuits peuvent partir à la recherche d’une proie prisée, difficile à trouver…

Avant notre départ de Pond Inlet, tout le village était en effervescence, car le premier narval de la saison avait déjà été chassé. Et c’est exceptionnellement que les villageois nous ont offert un peu de muktuk frais, une spécialité inuite traditionnelle faite de peau de narval et de sa graisse. Ce cadeau nous a fait honneur, il s’agit du plat préféré de cette communauté. Sa saveur est légère et son goût salé, mais le cuir est coriace et demande une bonne mastication. Le muktuk est une bonne source de vitamines C et D, qui se trouvent difficilement dans une diète arctique. Cousin du béluga, le narval est une baleine exclusive à l’Arctique. Comme plusieurs animaux nordiques, cette espèce reste peu étudiée et plusieurs mystères qui l’entourent ne sont pas encore élucidés dont l’utilité de la « corne » torsadée qu’elle porte au niveau de la mâchoire. Cet appendice spectaculaire, qui a concrétisé dans l’imaginaire collectif l’image des légendaires licornes, est une dent que seuls les mâles portent et qui peut atteindre jusqu’à 3 mètres… mais à quoi peut-elle servir? Certains experts croient que ce caractère sexuel secondaire sert à affirmer la dominance ou le rang social parmi le groupe, mais cette défense a, en son cœur, une grande quantité de nerfs, signifiant qu’elle est très sensible. Les hypothèses restent à être confirmées.

L’équipage du Sedna IV scrute la surface de l’eau dans toutes les directions, mais la licorne des mers, de la même couleur que les vagues, son souffle imperceptible et l’absence de nageoire dorsale rendent sa détection difficile. Avec le va-et-vient des vagues, rien n’y fait et notre déception est évidente. Mais, pour notre plus grand bonheur, il semble bien que le vent du Nord, maître des lieux, ait enfin décidé de retenir son souffle puissant pour nous donner des conditions plus clémentes. Quelques longues minutes sans rien à l’horizon. Puis, un souffle très fin est aperçu à la surface de l’eau, suivi de plusieurs autres. Plusieurs narvals doivent s’alimenter dans la baie. Tout doucement, le voilier s’en approche pour ne pas les effrayer, car cette espèce chassée est méfiante des navires. Certains d’entre nous grimpent dans les mâts pour avoir une vue d’ensemble. Moment magique! nous nous sentons vraiment honorés par l’océan Arctique et les privilèges qu’il nous accorde.

« précédent suivant »
Commentaires0
Merci de votre participation. Veuillez prendre note que votre commentaire sera modéré avant publication.
Ajoutez votre commentaire