Les larmes de Saint-Laurent

Par Samantha McBeth | 7 août 2014| Transit de Cap-aux-Meules à Pond Inlet
4243 - I - Crédit photo Samantha McBeth Iceberg dans la mer du Labrador Iceberg dans la mer du Labrador
4242 - I - Crédit photo Samantha McBeth Puffin majeur suivant le Sedna IV sur une mer calme Puffin majeur suivant le Sedna IV sur une mer calme
4240 - I - Crédit photo Samantha McBeth
4241 - I - Crédit photo Samantha McBeth Coucher de soleil sur le nord du golfe, exactement à notre gauche Coucher de soleil sur le nord du golfe, exactement à notre gauche
4245 - I - Crédit photo Samatha McBeth Tableau d'annonce, avec les cartes aux icebergs et le niveau de glace à Pond Inlet. Tableau d'annonce, avec les cartes aux icebergs et le niveau de glace à Pond Inlet.
4244 - I - Crédit photo Samantha McBeth L'équipage du Sedna IV devant l'iceberg à la dérive dans la mer du Labrador L'équipage du Sedna IV devant l'iceberg à la dérive dans la mer du Labrador
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Le Sedna IV navigue doucement sur une mer d’encre. Il s’agit de la première nuit sans brume depuis notre départ d’Halifax, et la voûte étoilée qui s’offre à nous a bien valu l’attente. La demi-lune brille d’une lumière dorée tel un bijou déposé sur un velours. J’observe la multitude d’étoiles, des plus petites aux plus brillantes. Gémeaux, Taurus et Cassiopée avec sa tête en bas, tant de constellations ayant guidé les marins du monde. Tiens!, une étoile filante, et encore une autre. Les perséides sont bien visibles loin de la pollution lumineuse. Cette année, leur chute atteindra le sommet de leur intensité, le soir du 12 août, dans une pluie d’étoiles filantes spectaculaire. Poétiquement, cet évènement porte aussi le nom de « Larmes de Saint-Laurent, » en honneur du jour de fête liturgique du saint éponyme. Coup du sort, lorsqu’on se souvient que les eaux sous notre coque appartiennent à un golfe et à un fleuve que Jacques Cartier nomma pour la même raison.

Que dirait-il, notre bon vieux fleuve, s’il pouvait parler? Qu’une immense quantité d’eau est déversée dans son golfe. Que grâce aux fortes marées, l’eau froide et salée océanique se mélange à l’eau douce provenant des Grands Lacs, et que ce sont ces eaux chargées de nutriments jumelés aux rayons du soleil qui permettent la croissance rapide de plancton, base importante de la chaîne alimentaire marine. Il terminerait sûrement en disant que c’est l’abondance de plancton qui permet la reproduction d’énormes bancs de poissons dans ses eaux, au grand bonheur des pêcheurs, comme celui des baleines.

Verserait-il quelques larmes s’il le pouvait? Assurément! car l’agriculture, l’industrialisation et la prolifération d’espèces exotiques envahissantes exerce une pression énorme sur ses écosystèmes. Aujourd’hui, après des décennies d’insouciance, nous commençons à peine à prendre soin de lui. Mais le travail est loin d’être terminé car, si rien n’est fait, la pollution ainsi que les changements climatiques causeront plus de surprises que prévu dans un futur proche.

Scrutant encore le ciel, je trouve finalement ma cible : la Petite Ourse, et au bout de sa queue, Polaris, l’étoile Polaire. Elle est notre guide, étincelante. Le soleil a disparu sous les vagues à bâbord, et le Sedna IV file vers l’Arctique. Le navire entame son premier passage difficile avec le détroit de Belle-Isle. Cette voie entre le Labrador et Terre-Neuve annonce le début du froid, apporté du nord. Le thermomètre baisse à vue d’œil : 18 °C, 13°C, 10°C … L’équipage doit maintenant être à l’affût des bourguignons, c’est-à-dire des petits fragments d’iceberg dont la partie hors de l’eau mesure moins qu’un mètre. Ils sont trompeurs, car ces blocs à la dérive peuvent peser jusqu’à 120 tonnes et la houle des vagues dissimule leur approche. Le Sedna IV a su résister à l’emprisonnement dans les glaces épaisses de l’Antarctique, mais il vaut mieux éviter de heurter des icebergs si on ne souhaite pas une situation catastrophique. Analogie possible avec les grands pétroliers de plus en plus présents dans le fleuve Saint-Laurent dont le contenu déversé en cas d’accident serait encore plus catastrophique que celui du Sedna IV.

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Commentaires1
  • Lionel Cormier
    30 septembre 2014
    Juste pour dire qu'on vous lis,surtout que vous êtes dans la région.Nous croyons qu'il serait temps que le parc Mingan ait une composante marine et qu'on assure de la pérenité des travaux de M.Sears.Lionel Cormier,Havre-Saint-Pierre. e
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